Immobilier

Loi Lagleize en 2025 : une proposition de loi encore sans entrée en vigueur

Éléonore de Saint-Rivoal 9 min de lecture

La confusion autour de la proposition Lagleize vient d’une question simple, mais sensible en droit : peut-on acheter un logement sans acheter le terrain ? En 2025, la réponse est claire, il ne s’agit pas d’une loi entrée en vigueur qui retirerait leur terrain aux propriétaires. C’est une proposition de loi portée par Jean-Luc Lagleize, adoptée en première lecture en 2019, mais dont l’application générale n’est pas effective.

Pour comprendre ce que ce texte changerait vraiment, il faut distinguer trois points : son statut législatif, le mécanisme de dissociation entre foncier et bâti, et les dispositifs déjà existants comme le bail réel solidaire. C’est souvent le mélange de ces sujets qui alimente les rumeurs.

Ce que prévoit réellement la proposition Lagleize

Une réponse au poids du foncier dans le prix du logement

La proposition de loi Lagleize part d’un constat connu des acheteurs : dans les zones tendues, une part importante du prix d’un logement vient du terrain. Plus le foncier devient rare et cher, plus l’accession à la propriété se complique, notamment dans les grandes villes et les secteurs bien desservis.

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L’idée centrale consiste donc à dissocier le foncier du bâti. Autrement dit, un ménage pourrait devenir propriétaire des murs, de l’appartement ou de la maison, sans acheter le terrain. Le sol resterait détenu par une structure foncière, tandis que l’occupant paierait une redevance ou un loyer pour son usage sur une longue durée.

Jean-Luc Lagleize et l’origine du texte

Jean-Luc Lagleize, député à l’origine de cette proposition, a défendu ce mécanisme comme un outil de régulation du prix du logement. Le texte a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 28 novembre 2019, puis examiné le 4 mars 2020. Cette chronologie compte, car une adoption en première lecture ne signifie pas qu’une réforme s’applique immédiatement à tous les propriétaires.

La proposition s’inscrit aussi dans une logique d’urbanisme plus large : mobiliser le foncier public, mieux organiser la densification des zones déjà équipées, et articuler le logement avec des outils comme le PLU, le SCOT ou les objectifs de zéro artificialisation nette, souvent résumés par l’acronyme ZAN.

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Statut en 2025 : ce qui est en vigueur, ce qui ne l’est pas

Pas de bascule automatique pour les propriétaires

Le point le plus important est le suivant : en 2025, la proposition Lagleize n’a pas instauré une suppression générale de la propriété du terrain. Les propriétaires actuels ne voient pas leur parcelle transformée d’office en terrain loué, et un achat immobilier classique reste possible avec acquisition du terrain et du bâti lorsque le bien est vendu ainsi.

Une réforme immobilière de cette nature nécessite un cadre juridique complet, un parcours parlementaire abouti et, selon les dispositions concernées, des textes réglementaires. En l’absence de décret d’application généralisé, on ne peut pas parler d’un dispositif pleinement applicable à l’ensemble du marché.

Pourquoi l’expression “loi” prête à confusion

Dans le langage courant, on parle souvent de “loi Lagleize” par raccourci. Juridiquement, il est plus juste de parler de proposition de loi Lagleize. Ce n’est pas un détail : cela change la manière d’interpréter les effets concrets du texte.

Une proposition peut inspirer des débats, influencer des dispositifs ou revenir dans l’actualité sans créer immédiatement de nouvelles obligations pour les particuliers. C’est ce décalage entre discussion politique, rumeur virale et droit applicable qui entretient l’inquiétude.

Point vérifié Situation réelle Conséquence pratique
Adoption en première lecture Oui, le 28 novembre 2019 Ce n’est pas une entrée en vigueur générale
Application automatique en 2025 Non Les propriétaires ne perdent pas leur terrain
Dissociation terrain/logement Principe envisagé et déjà présent dans certains dispositifs Possible dans des cadres précis, notamment via le BRS
Durée longue évoquée Jusqu’à 99 ans selon les montages L’occupation du sol peut être sécurisée sur le long terme

Comment fonctionne la séparation entre terrain et logement

Acheter les murs, louer le sol

Dans un modèle de dissociation foncier-bâti, l’acheteur n’acquiert pas la pleine propriété classique du terrain. Il devient propriétaire du logement construit, tandis que le sol appartient à un organisme foncier ou à une structure dédiée. En échange, il signe un bail de longue durée et verse une redevance pour l’usage du terrain.

Ce schéma peut sembler inhabituel, mais il répond à une logique économique simple : si le terrain n’est pas payé au moment de l’achat, le prix d’entrée peut diminuer. Certaines estimations évoquent une baisse de 30 à 50 % du prix du logement dans des montages de dissociation, voire jusqu’à 50 % dans les cas les plus favorables. Cette baisse dépend toutefois du territoire, du prix du foncier et des conditions du bail.

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Le foncier concentre une part importante de la valeur immobilière. Lorsqu’il est entièrement intégré au prix d’achat, il bloque l’accès à ceux qui n’ont pas assez d’apport ou de capacité d’emprunt. En le plaçant dans une structure qui le conserve sur le long terme, on change la logique patrimoniale : on n’achète plus seulement pour accumuler du terrain, mais pour habiter un lieu à un coût plus soutenable.

Le rôle des organismes fonciers

La proposition Lagleize évoque la création ou la mobilisation d’organismes capables de détenir le foncier. Leur rôle serait de porter le terrain, de sécuriser les baux et d’éviter que la valeur foncière ne reparte immédiatement à la hausse lors des reventes.

Ce fonctionnement rejoint en partie celui des organismes fonciers solidaires, ou OFS, déjà mobilisés dans le cadre du bail réel solidaire. Ces structures achètent ou conservent le terrain, puis permettent à des ménages d’acquérir le bâti dans des conditions encadrées.

Lagleize, BRS, OFS : ne pas confondre les dispositifs

Le bail réel solidaire existe déjà

Le bail réel solidaire, ou BRS, n’est pas une rumeur : c’est un dispositif existant, apparu dans le paysage juridique avant le débat Lagleize, notamment avec la montée en puissance des OFS depuis les années 2010. Il repose déjà sur une dissociation entre terrain et logement, avec un bail de longue durée pouvant aller jusqu’à 99 ans.

La différence essentielle tient au cadre. Le BRS vise surtout l’accession sociale ou maîtrisée à la propriété, avec des conditions d’éligibilité et des règles de revente. La proposition Lagleize cherche plutôt à élargir la réflexion sur la dissociation foncière comme outil de politique du logement, notamment dans les zones tendues.

Modèle Qui possède le terrain ? Qui possède le logement ? Objectif principal
Propriété classique L’acquéreur L’acquéreur Détenir le bien complet
BRS Un OFS L’occupant acquéreur Faciliter l’accession à prix maîtrisé
Proposition Lagleize Un organisme foncier ou une structure dédiée L’acquéreur du bâti Réduire le poids du foncier dans le prix

Ce que les rumeurs déforment

Des messages viraux ont présenté la proposition comme une confiscation générale des terrains ou comme la fin de la propriété immobilière. Cette interprétation est fausse. Les vérifications publiées autour de vidéos et de publications virales, notamment par l’AFP en avril 2022, ont déjà montré que le texte ne supprimait pas rétroactivement la propriété des particuliers.

La viralité s’explique facilement : le sujet touche au patrimoine, à la transmission familiale et à la peur de perdre ce que l’on a acheté. Certaines publications ont été massivement relayées, avec des contenus partagés 13.000 fois ou 3.700 fois selon les cas relevés. Mais un partage élevé ne transforme pas une proposition de loi en règle applicable.

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Quels effets concrets pour acheteurs, propriétaires et collectivités

Pour les futurs acquéreurs

Si un dispositif inspiré de Lagleize était largement appliqué, il pourrait offrir une voie d’accession moins coûteuse dans les zones où le terrain pèse lourd dans le prix final. L’intérêt serait particulièrement fort pour les ménages solvables pour acheter un logement, mais exclus du marché par le prix du foncier.

En contrepartie, l’acquéreur devrait accepter une propriété différente de la pleine propriété classique. Avant de signer, il faudrait regarder la durée du bail, le montant de la redevance, les conditions de revente, les règles de transmission et les éventuelles limitations de plus-value.

Pour les propriétaires actuels

Pour un propriétaire qui possède déjà sa maison et son terrain, la proposition ne signifie pas une perte automatique du sol. Les inquiétudes les plus fortes viennent souvent d’une confusion entre réforme prospective, dispositifs volontaires et expropriation. Or ces notions n’ont pas la même portée juridique.

En pratique, l’enjeu concerne surtout les futurs programmes immobiliers, les opérations montées avec des organismes fonciers et les politiques locales du logement. Un propriétaire vendeur peut continuer à vendre un bien en propriété classique si son titre de propriété porte bien sur le terrain et le bâti.

Pour les collectivités

Les collectivités pourraient trouver dans la dissociation foncière un levier pour produire du logement abordable sans céder définitivement certains terrains stratégiques. Cela peut aider à densifier des secteurs déjà desservis par les transports, les écoles et les équipements, plutôt que d’étendre sans cesse l’urbanisation.

Le vrai débat n’est donc pas “pour ou contre la propriété”, mais “quel usage du foncier rare dans les territoires où se loger devient difficile”. La proposition Lagleize pose cette question, mais en 2025 elle ne crée pas, à elle seule, un nouveau régime obligatoire pour tous les Français.

Éléonore de Saint-Rivoal
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